« 17 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 128-129], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9610, page consultée le 04 mai 2026.
17 novembre [1835], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon cher petit Toto. J’espère que tu as passé une bonne nuit et que tu ne
te
sens plus de rien aujourd’hui.
Pauvre adoré, j’ai bien pensé à toi avec amour
cette nuit. J’ai fait bien des vœux pour que ton bobo disparaisse et que tu reposes
tranquille. J’ai bercé Toto-Victor Hugo toute la nuit pour l’empêcher de se plaindre
et de pleurer1. Je ne sais pas si j’ai
réussi, mais dans tous les cas, j’ai bien peu dormi, excepté dans la matinée où les
coliques m’ont quittée. C’est à peine si j’y vois pour t’écrire, tant le temps est
couvert. Il fait bien maussade aujourd’hui. Pourvu que cela n’aille pas influer sur
vos chères petites santés à tous, messieurs et madame.
Je voudrais vous avoir déjà vu, mon petit bien-aimé, pour être au moins tranquille
sur
vos petites indispositions respectives, sans compter le plaisir que j’en
retireraisa, ne fût-ceb qu’une minute. Une parcelle d’or est
ramassée avec autant de soin qu’un gros morceau parce que c’est de l’or et que
réuniesc à d’autres, elles
finissent par faire un lingot. Ainsi, de mon bonheur je recueilled une minute de toi avec autant de
soin qu’une journée. Je les mets les unes au bout des autres dans le fond de mon cœur.
C’est dommage qu’elles s’y amassent si lentement. Mais à qui la faute ?
Si tu
viens, je te donnerai mille bons baisers bien tendres qui ont poussée sur mes lèvres pendant cette nuit.
1 Le petit François-Victor Hugo a été malade.
a « retirais ».
b « ne fusse ».
c « réunis ».
d « je receuille ».
e « ont poussés ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
